Lauréats du Prix du Master 2018

, par Admin

Nous avons le plaisir d’annoncer que le Conseil scientifique de la Chaire UNESCO Défis partagés du développement : savoir, comprendre, agir a attribué le Prix du Master dans le cadre de sa seconde édition.

Grâce à un financement du Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE) et de l’Agence française de développement (AFD), six étudiants de Master ont pu être récompensés pour leur travail de recherche et se sont vus attribuer six prix d’une valeur respective de 650 euros afin de récompenser et encourager la rédaction d’articles issus de leurs mémoires.

Les lauréat(e)s sont :

Islay Akhaloui de l’Université Libre de Bruxelles, pour son mémoire intitulé « L’investissement de la Banque mondiale dans la gestion des conflits »

Adresse mail : islayette chez msn.com
Numéro de téléphone : 0032486919213

Résumé du mémoire : L’étude que nous avons menée a pour objectif d’expliquer l’acquisition d’une expertise dans la gestion des conflits au sein de la Banque mondiale : à travers les relations que l’organisation internationale entretient avec son environnement institutionnel, nous avons observé le développement d’un savoir-faire portant sur les questions de fragilité, de conflit et de violence.
Bien que les conflits et la fragilité représentent des défis inhérents à l’aboutissement d’un développement durable, nous nous sommes questionnés sur les raisons qui ont poussé la Banque mondiale à s’investir davantage dans la résolution de ceux-ci. Nous avons donc cherché à mettre en lumière les stratégies que l’institution a dû mettre en place, sachant que son mandat ne lui permettait pas d’interférer dans les affaires politiques des États.
D’une part, nous avons tenu compte de la multiplication des organisations internationales prenant à coeur les situations de fragilité et de conflit, ainsi que l’intérêt porté au recoupement entre la sécurité et le développement (security development nexus) et la complexité des conflits. Dans un tel contexte international, nous en avons déduit que la Banque mondiale avait saisi l’opportunité de développer ses compétences en termes d’expertise traitant d’un domaine en vogue. D’autre part, nous soulignons que le contexte, lequel reflète une réalité en constante évolution n’est pas la seule raison qui a motivé l’organisation à institutionnaliser une expertise dans la gestion des conflits. Afin de comprendre l’envers du décor, nous avons décidé d’utiliser le cadre théorique des communautés épistémiques ; cette réflexion nous a permis d’élargir notre champ de vision et de ne pas restreindre notre analyse aux éléments contextuels.

Mélina Gautrand de l’Université Paris 1, pour son mémoire intitulé « Se battre pour exister : Trajectoire des violences dans la vie des anciennes combattantes des FARC »
Adresse mail : melinagautrand chez gmail.com

Résumé du mémoire : Mon mémoire s’intéresse aux trajectoires des différentes formes de violence dans la vie d’anciennes combattantes de la guérilla des Forces Armées Révolutionnaires Colombiennes (FARC). La recherche académique en sciences sociales et la littérature grise des ONG et des organisations internationales traitent généralement la question des femmes dans la guerre depuis une seule perspective : la violence basée sur le genre dans le cadre des conflits armés. Pourtant, en Colombie, la guérilla des FARC a été composée de 23 à 40% de femmes, qui ont participé, comme les hommes, aux combats, aux opérations de renseignement, ainsi qu’au commandement du groupe armé. Comment penser la violence des femmes, alors qu’elles sont généralement comme des victimes ? Le travail de ce mémoire a visé, sur la base des récits de vie de sept anciennes combattantes, âgées de 33 à 72 ans, à interroger et à complexifier notre compréhension de l’expérience des femmes qui ont vécu le conflit armé colombien. Certaines ont fait partie de la fondation du groupe armé en 1964, d’autres l’ont rejoint dans les années 90 ou 2000.
L’analyse de ces récits de vie a consisté à rendre compte des spécificités sociales de la trajectoire des enquêtées, en empruntant à la fois à la sociologie de l’individu proposée par Danilo Martuccelli et à l’anthropologie des émotions proposée par Myriam Jimeno. Ce travail de recherche a dévoilé que la trajectoire des anciennes combattantes peut être comparée à une navigation en eaux troubles. Contraintes par la conjonction de violences politiques, sociales, et de genre, les femmes ont mobilisé divers soutiens, adopté différents rôles et identités, et ont modelé et remodelé leur subjectivité. Dans des contextes de reconfiguration constante de ces violences, marqués par la domination masculine, deux émotions guident les bifurcations dans la vie des anciennes combattantes : l’amour et la peur.
En rupture avec les clichés de la jeune combattante sans défenses et dépourvue de pensée critique, de la guérillera privée de capacité d’action, et de la femme démobilisée qui retourne au foyer, mon travail de recherche a voulu mettre en lumière une réalité plus nuancée. En effet, l’entrée et la sortie du groupe armé constituent plutôt, pour ces femmes, des stratégies individuelles de navigation sociale dans des environnements particulièrement hostiles. Dans des mondes profondément masculins, les anciennes combattantes ont tour à tour exercé et subi les violences, entre survie et quête de sens, recherche de protection et aspiration à la reconnaissance.

Vivian Portier de l’Université Paris 1, pour son mémoire intitulé « Néo-développementisme en Amazonie : l’installation du projet minier Mirador »

Adresse mail : vivian.portier chez gmail.com
Numéro de téléphone : 06 28 59 84 29

Résumé du mémoire : En Équateur, le discours gouvernemental, en particulier à travers le mandat du Président Rafael Correa, a dynamisé l’exploitation des ressources naturelles. Attirer les capitaux étrangers, créer du travail, des recettes fiscales, et des œuvres sociales locales permettraient de sortir de la pauvreté et d’apporter un développement. C’est cette logique que M. Svampa nomme « néo-développementisme », qui, en Équateur, permettrait d’atteindre le buen vivir ou Sumak kawsay (en quechua). Présenté comme la panacée, l’unique solution pour se développer, le sacrifice de la Nature est acté au travers de ce que Karolien van Teijlingen appelle « l’impératif extractif ». Ces cadres discursifs nous amènent alors à nous demander quelle a été la réception de cette politique et comment elle fut implantée en Équateur, à travers la promotion des « projets stratégiques miniers ». Pour cela s’impose un large retour historique sur dix ans sur les résistances écologistes, mais aussi indigènes.
A travers « l’observation flottante » et une réalisation, souvent entravée, d’entretiens, le travail de terrain s’est plus concrètement axé sur le projet le plus avancé : Mirador, installé à Tundayme, territoire ancestral indigène en pleine Amazonie. Projet imposé par la force avec une forte répression des tentatives de résistances, l’entreprise chinoise Ecuacorriente S.A.se justifie en rendant des services aux principaux acteurs locaux. Elle les rend dépendants de ces aides, gagne le soutien public, et neutralise de possibles critiques. En compensant les lourds impacts sociaux et environnementaux, elle se rend « acceptable » mais apporte en réalité un « développement » négligeable.
L’extractivisme proposé par l’entreprise transnationale chinoise Ecuacorriente S.A. et le gouvernement Équatorien ne répond pas au buen vivir annoncé, où la vie tranquille et en harmonie avec la Nature est à la fois introuvable et perdue. Un « développement » prôné qui interroge, puisque la production et la rentabilité ne semblent pas palier la détérioration de la qualité de vie d’une partie de la population. Loin d’un bien vivre, témoignage d’un mieux vivre qui n’est pas pour tous.

Emmanuel Ulrich Oloukou Idohou de l’Université Ouaga 1 - Pr Joseph Ki-Zerbo, pour son mémoire intitulé « Recours au dépistage du VIH dans un contexte d’épidémie mixte : cas du Burkina Faso »

Adresse mail : idohou_e chez yahoo.com
Numéro de téléphone : (+33) 07 61 30 08 76.

Résumé du mémoire : Le Burkina Faso, l’un des pays de basse prévalence VIH, connait à l’instar des autres pays d’Afrique Sub-Saharienne, un faible taux de dépistage du VIH. Si des études y ont été conduites pour connaitre les obstacles et déterminer les facteurs individuels associes au dépistage, rares sont celles qui ont documenté les effets du contexte. L’objectif principal de la présente recherche est d’identifier les facteurs individuels et contextuels du recours au dépistage du VIH au Burkina Faso à partir des données provenant de l’enquête démographique et de santé du Burkina Faso (2010). A travers une analyse multi-niveaux incluant deux niveaux hiérarchiques (individus et zone de dénombrement), trois grandes hypothèses de recherche ont été retenues : l’influence des facteurs contextuels, la faible influence des facteurs contextuels par rapport aux facteurs individuels et un effet du comportement sexuel à risque se renforçant avec le contexte de forte prévalence du VIH. Seule la dernière hypothèse est infirmée. Les résultats montrent que le contexte influence le recours au dépistage même s’il dépend davantage des caractéristiques individuelles. Le niveau d’instruction et la tolérance envers les PVVIH constituent les prédicteurs les plus importants du recours au dépistage du VIH tant chez les hommes qu’au niveau des femmes. Ces résultats invitent les décideurs et les acteurs oeuvrant dans la lutte contre le VIH/ sida à intégrer dans les programmes de promotion de dépistage, des stratégies de dépistage adaptées au contexte du milieu d’implantation de ces programmes. Les efforts entrepris pour promouvoir l’éducation, sensibiliser la population sur les attitudes de tolérance envers les PVVIH et les informer sur le VIH doivent être poursuivis et soutenus.

Soungalo Ouattara de l’Université Paris 1, pour son mémoire intitulé « Analyse du rôle des services de conseil aux agriculteurs dans les dynamiques d’innovation : l’introduction des légumineuses à graine en agriculture conventionnelle »

Adresse mail : delouattara chez gmail.com

Résumé du mémoire : Face aux impératifs des réglementations environnementales et sanitaires de la politique agricole commune, s’opèrent depuis ces dernières années des changements de pratiques au niveau des exploitations agricoles. Repenser les pratiques agricoles dans ce contexte réglementaire s’est traduit par des dynamiques d’innovations agricoles orientées vers la triple performance économique, environnementale et sociale. A la faveur du contexte institutionnel du verdissement de la PAC à travers son volet ‘‘diversification des cultures’’, du plan ‘‘protéines végétales 2014-2020’’ pour la France de la promotion de l’année internationale des légumineuses en 2016… les légumineuses connaissent ces dernières années un regain d’intérêt dans les exploitations agricoles. A l’image de ces légumineuses à graines, la culture du pois chiche refait surface dans le Sud de la France au cours de la dernière demi-décennie.
Pour faire face aux enjeux liés à l’introduction du pois chiche dans les exploitations agricoles, le conseil agricole est mobilisé comme un levier de déverrouillage du système pour accompagner les agriculteurs dans l’adoption de cette nouvelle culture. Pour autant, il existe un manque de connaissances sur la mobilisation du conseil par les agriculteurs dans leurs choix d’innover. De plus, l’offre de conseil s’est fortement diversifiée et reste mal connue. Dans le cadre d’un stage réalisé au sein du projet européen H2020 Agrilink, le présent mémoire propose d’apporter une contribution sur l’analyse du rôle des services de conseil dans le processus d’adoption du pois chiche en système conventionnel. Les résultats des enquêtes réalisées en exploitations agricoles dans le département du Gers mettent en évidence la primauté des déterminants économique puis agronomique dans le choix d’adoption du pois chiche. Il apparait que l’environnement de conseil du Gers est désormais marqué par une pluralité d’acteurs et que les agriculteurs mobilisent une diversité de sources de conseil au cours de leur processus d’adoption du pois chiche. Différentes postures d’accompagnement des agriculteurs par leurs conseillers ont pu être observées entre conseil participatif et conseil prescriptif mais leur influence sur l’adoption du pois chiche reste à approfondir.

Maria-Belen Ojeda Trujillo de l’Université Paris 1, pour son mémoire intitulé « L’effet des dispensaires sanitaires dans la mortalité infantile : une étude de cas de Niakhar, Sénégal »

Résumé du mémoire : Cette dissertation analyse les effets des dispensaires sur la mortalité infantile, à Niakhar, Sénégal, sur la période de 1984-2017. La méthode économétrique des doubles différences, avec des effets fixes temps et village n’a pas donné des résultats statistiquement significatifs. Pour comprendre ces effets contre-intuitifs, une analyse est faite sur les questions d’offre et de demande dans la provision des soins de santé dans les infrastructures sanitaires. Des caractéristiques spécifiques socioculturelles, historiques et administratives des villages déterminent un faible accès des villageois aux infrastructures sanitaires.

Le jury mixte était constitué de membres du Conseil scientifique et du Comité de pilotage de la Chaire, à savoir :
• F. Nahavandi et L. Roudart pour le Centre d’Etudes de la Coopération Internationale et du Développement (CECID) – Université libre de Bruxelles
• N. Ary Tanimoune, M-E. Desrosiers, H. McGill et S. Baranyi pour l’Ecole de développement international et mondialisation (EDIM) – Université d’Ottawa
• R. Fassassi pour l’Ecole Nationale Supérieure de Statistique et d’Economie Appliquée (ENSEA) d’Abidjan
• M. Diop, D. Baldé et A. Somparé pour l’Université Général Lansana Conté de Sonfonia-Conakry
• M-H. Aubert, A. Le Naëlou, S. Capitant, S. Soukouna et Ania Tizziani pour l’IEDES – Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
• A. Soura, M. Wayack-Pambè, F. Badini Kinda et M. Compaore pour l’Institut Supérieur des Sciences de la Population – Université Ouaga 1 Pr Joseph Ki-Zerbo